Enfant, violemment confrontée à la mort, je me suis demandée pourquoi les adultes n’ouvraient pas les paupières des morts, persuadée qu’ils reprendraient vie une fois qu’ils auraient les yeux rouverts. Pendant quelques jours, j’ai promené avec moi, naïvement, la certitude d’avoir découvert le secret de l’immortalité. Evidemment, il a fallu que, distraitement, quelqu’un de pas tout à fait bienveillant rectifie mon tir et m’ouvre les yeux, à moi : non, il est impossible de réveiller un mort, et puis il est impossible de ne pas mourir. Je mourrai, un jour. Toi, tu mourras aussi. Et eux, ils mourront tous.
Sur le coup, ce fut un choc. Tout a vacillé, plus rien ne pouvait être un refuge, les nuits étaient opaques, les jours
