Je suis probablement morte une première fois dans la cour de l’école Paul Bert lorsque le petit Richard B., l’incisive aigüe, l’œil brillant, m’a achevée d’un coup de « Le Père Noël, c’est tes parents ! ». Le ciel gris, ce matin-là, a froidement délayé son encre triste et poisseuse dans mes artères. On venait d’abattre le Père Noël sous mes yeux alors qu’il était, sans doute, le seul auquel il ne fallait pas toucher, le seul auquel j’aurais pu vouer un culte sincère, le seul dont j’aurais pu craindre la sentence. Brusquement arraché au ciel d’où il régnait en maître sur mon monde, l’été comme l’hiver, il fut jeté à terre, où chacun venait le piétiner, abjurant l’émerveillement, l’impatience des longues nuits de décembre. Je les ai tous vu mépriser le mystère et la candeur de l’enfance, je les ai entendu
