jeudi 10 décembre 2015

L'interview de Gustavo : Sylvia Lebègue !

Sylvia Lebègue fut la compagne du Professeur Choron pendant vingt ans. En janvier dernier est sorti son livre "Choron et moi", un témoignage essentiel d'une sincérité admirable sur cette histoire d'amour avec le co-créateur d'Hara Kiri et Charlie Hebdo. Entretien fleuve sans langue de bois.

Gustavo Mazzatella : Choron est-il le premier homme que vous avez connu ? Imaginiez-vous vivre une histoire d’amour de la sorte quand vous étiez jeune fille ?

Sylvia Lebègue : Le Professeur Choron est en effet le premier homme avec lequel je me suis engagée si longtemps. Une vie en somme, et pas des moindres, de plus nous avions 31 ans d’écart. Lorsque je l’ai rencontré, j’avais 24 ans et lui 55. C’est peut être insignifiant sur le moment, mais lorsque le temps passe et que l’on voit son conjoint atteint de multiples « petits bobos à répétition », on commence à réaliser qu’on a peut- être eu un « moment d’égarement » ! Je ne m’étais pas préparée à vivre une relation sans mariage, ni
enfants, ni véritable existence professionnelle, enfin tout quoi ! Le fait qu’il ait eu une fille ne m’enchantait pas plus que ça mais je me disais que Michèle Bernier, au vu de tous mes sacrifices, finirait pas m’accepter. Ce ne fut pas le cas et je le déplore tout en  trouvant son jugement parfaitement injuste et sévère. A part ça, j’ai vécu une existence pleine d’un grand amour avec le Prof et ce sentiment s’est étoffé au fur et à mesure que les années passaient. Nous étions fiers de ce constat tandis que de nombreux couples se séparaient autour de nous… Ma mère qui n’était pas enthousiaste au départ de « passer à côté de ma vie » a rencontré « mon homme » et l’a trouvé adorable ! Bien sûr je ne lui avais jamais parlé du passé trouble que nous avions eu.

GM : Vous avez sacrifié, c’est le cas de le dire, votre vie pendant 20 ans « pour la cause » de l’existence du Professeur Choron. Étiez-vous consciente en ce temps de cet acte merveilleux ?

SL : Je vivais au jour le jour avec le Professeur Choron. Très vite j’ai su à quel point il était démuni de tout. Financièrement il était ruiné, tandis que j’avais moi une situation prometteuse (que je n’ai pas gardée à cause de lui), que sa vie familiale était pleine de lacunes. En effet, je ne le sentais pas spécialement proche de sa fille même s’il la voyait de temps en temps. Pour moi qui avais connu une protection familiale sans faille étant enfant, je ne comprenais pas pourquoi dans sa famille, tout était plein de non-dits. C’était assez frustrant de vivre tout cela. Je réalisais que je servais souvent d’intermédiaire entre lui et les siens et que mon rôle n’était pas des plus simples mais j’essayais de composer avec des arguments de poids. J’étais très vite consciente de faire certainement plus que quiconque aurait fait à ma place, mais cela n’obscurcissait en rien notre amour et je persévérais sans relâche, qu’il s’agisse de sacrifices sur le plan professionnel puisque je n’étais pas payée, que sur un plan personnel où plus d’une fois j’ai dû donner de ma personne. En fait, je n’ai fait que cela. J’aurais pu partir bien sûr et laisser derrière moi sa ribambelle de problèmes, mais je me sentais incapable de le laisser avec ses tracas. Mes parents m’ont élevé dans la foi et l’empathie. Je sais que je suis allée bien au-delà de certaines limites, mais j’étais jeune et amoureuse. Ceci doit sûrement expliquer cela…

GM : Vous avez accepté ce que très peu de personne pourrait faire pour quelqu’un (recevoir des coups, se prostituer pour faire vivre le ménage, les humiliations, plusieurs avortements non consentis...), et pourtant, vous écrivez n’avoir aucun regret. Je trouve ça évidemment très fort et très beau, mais comprenez-vous que la majorité des gens n’envisage pas l’amour de cette façon ? Considérez-vous votre histoire d’amour avec Choron comme choquante ?

SL : Cette histoire est très certainement choquante. Nous formions un couple particulièrement atypique, ne serait-ce que par notre différence d’âge. J’ai dit ne pas regretter ce que j’ai fait. C’est exact dans ce sens où je suis allée jusqu’au bout de ma promesse, tenir le Professeur Choron à bout de bras pour le meilleur et pour le pire, car dans mon esprit nous étions mariés, cela ne faisait aucun doute. Au début de notre histoire et après qu’il m’ait demandé de « me vendre » pour assurer un minimum vital, j’ai trouvé ça complètement injuste et j’insiste bien dans mon ouvrage en disant que j’estimais que sa fille pouvait lui venir en aide. Elle en avait largement les moyens. A ce moment-là, j’ai éprouvé une grande colère qui s’est accrue lorsque je recevais les coups que je ne méritais pas. Les insultes, physiques ou morales on ne s’y habitue pas vraiment. Je devais donc prendre sur moi. D’où une importante dépression nerveuse qui s’est manifestée par la suite. Souvent je me suis posée la question quant à la véracité de ses sentiments envers moi. Mais je comprenais à quel point il était aussi vulnérable que démuni. Il pouvait avoir un regard angélique qui me faisait fondre en un rien de temps, ou au contraire des paroles incisives et terriblement blessantes, parfois meurtrières. J’ai appris à le connaître dans les bons comme dans les mauvais moments, avec sa force et ses faiblesses. J’ai eu raison de rester à ses côtés puisque les années passées près de lui m’ont confortée dans ma position.


GM : Face à votre histoire, je me suis dit que le féminisme, c’était peut- être plus votre attitude à vous, que celle de se mettre seins nus dans une église ou une mosquée. Êtes-vous d’accord sur cette possibilité ?

SL : Une femme doit être en mesure de pouvoir s’affirmer et c’était peut-être ma façon à moi de répondre merde à tous ceux qui pouvaient porter un quelconque jugement sur moi. On se bat avec les armes qu’on a. Je n’ai jamais été militante féministe et heureusement car tout ce que j’ai pu faire pour apporter un soutien au Prof aurait été en totale contradiction. Oui, c’est peut-être une forme de féminisme après tout, pourquoi pas. Je n’y avais jamais songé… C’est vrai que le Prof avait un côté « macho ». Il n’aimait surtout pas que je porte des pantalons. Il n’a jamais aimé les femmes portant une tenue dite masculine. Dans les premiers temps où l’on s’est rencontrés, il m’avait emmenée dans une boutique de luxe du 16ème arrondissement pour refaire ma garde-robe. Je ne suis pas sûre que le gérant ait été payé ! ou alors il s’agissait d’un chèque en bois… Il n’aimait pas les femmes qui avaient du pouvoir. Ce sont des garces disait-il.
"J’ai été détestée, accusée de tous les maux après le décès d’Odile."
GM : En lisant votre livre, il saute aux yeux que vous aviez besoin de l’écrire pour prouver votre existence, après avoir été niée pendant 20 ans par l’entourage de Choron... Était-ce aussi pour rétablir une certaine vérité, qui est la vôtre ? 

SL : Je souhaitais avant tout rétablir une vérité. Ça a commencé par la vidéo diffusée sur le net où l’on me voit interviewée par T. Ardisson. La stupeur et la colère sont montées en moi. Je ne voulais pas que les internautes qui tombent sur cette vidéo pensent que j’approuvais à fond de vivre pareille vie. Ce passage télévisé ne reflétait pas la réalité. J’en avais parlé à Michèle à l’époque. Comme d’habitude elle est restée indifférente. Il fallait coûte que coûte faire connaître les tenants et les aboutissants de cette histoire et ne pas rester sur cette fausse interprétation. Ensuite je me suis aperçue qu’il fallait parler de tout ce qui a fait notre histoire, sans fausse pudeur même si un journaliste du Parisien a jugé utile d’écrire qu’il s’agissait d’un déballage de linge sale et que le livre d’Odile (l’ex compagne de Choron) était plus intéressant et plus drôle. Je me suis demandé comment on pouvait tourner en dérision un témoignage comme le mien…. Odile n’a fait que relater l’enfance du Prof, les douleurs financières, les procès d’un magazine et la façon dont elle s’est immiscée dans la vie du Prof. Je n’ai rien trouvé de transcendant dans cet ouvrage et surtout il n’y a rien à comparer ! Enfin, je voulais par cette voie faire comprendre à la famille de Choron ce que j’avais vécu et la reconnaissance que je revendiquais depuis longtemps. Je ne doute pas qu’ils l’aient tous lu sans exception et que les langues se soient déliées, même si personne ne s’est manifesté après ça, au moins je sais qu’ils savent.

GM : Comment se fait-il que tous les « proches » de Choron, à quelques exceptions près (Vuillemin, Berroyer, Schlingo, Lefred Thouron, Éric Martin...), vous détestaient autant ? Et vous ont fait tant de mal, que ce soit quand Choron était en vie et pire après sa mort ?

SL : Les « proches » cités étaient les amis du Prof et hormis Berroyer qui a écrit la préface de mon livre, je n’ai gardé aucun contact avec eux. Mon livre a du déranger bon nombre de gens. J’ai été détestée, accusée de tous les maux après le décès d’Odile. Il fallait que je m’impose mais je ne savais pas trop comment m’y prendre pour « amadouer » l’entourage du Prof. Il se disait même que nous avions une vie cachée avant le décès de sa compagne et que c’est à cause de moi qu’Odile aurait décidé de mettre un terme à sa vie. Il m’a fallu des années pour démonter leur sinistre théorie. Le seul ami que j’aurais pu garder n’est plus de ce monde et c’est Charlie Schlingo. Nous avions des grands moments de complicité l’un et l’autre. Il me faisait aussi beaucoup rire. C’était un type génial, très cultivé et surtout il était resté simple. Je trouve injuste qu’on ait parlé de lui comme d’un ivrogne invétéré. Il buvait, certes, mais savait boire. Il n’a jamais été violent en paroles ou en actes. Il riait de tout y compris de lui-même. Quant aux autres, ils ne se manifestent pas. Lefred Thouron fréquente Vuillemin qui lui fréquente désormais la nouvelle équipe de Charlie etc… Avec mon livre je suis peut être devenue persona non grata ! Dans la bande d’Hara Kiri/Charlie Hebdo, celui qui est toujours resté neutre et très sympathique à mon égard est Willem. Je l’avais rencontré au détour d’un resto et il s’était montré affable, enthousiaste… Les contacts se font et se défont. Avec la mort du Prof ça n’a rien arrangé.

GM : Aucune mention du film de Pierre Carles et Éric Martin « Choron dernière »... Une façon de leur rendre la pareille car vous n’apparaissez pas dans leur film ?

SL : Ce n’est pas une revanche, mais cela ne faisait pas partie du schéma narratif. C’est un beau film qui a été fait. J’en conviens et il n’a pas eu le succès qu’il méritait. C’est bien dommage. Mais pour répondre à la question, le film est arrivé bien plus tard et mon livre s’achève sur le deuil que j’ai mis de longues années à faire.

GM : « Oui, j’étais sa proie, oui, j’étais consentante. » Cette phrase au début de votre livre est très juste, car Choron était un animal.

SL : Dans l’horoscope chinois, Choron est un reptile (serpent) et je suis un rongeur (rat). L’un avait pour mission « d’engloutir »  l’autre  ! C’est ce qu'il s’est passé au cours de notre vie. Une lutte permanente de survie pour l’un comme pour l’autre. L’un en cherchant sa proie et l’autre en cherchant vainement à fuir son prédateur ! Mais tout finissait finalement par rentrer dans l’ordre. Le serpent a adopté le rat… Je n’étais pas forcément consentante mais je lui trouvais des excuses et puis il fallait sortir du pétrin.


GM : Comment Choron et vous-même avez vécu la trahison, dorénavant officielle, de ses anciens camarades au moment où Charlie Hebdo a été relancé ?

SL : Je n’avais jamais vu le Prof pleurer. Mais là, on en avait pris plein la tronche. C’était un matin lorsqu’il a reçu l’album. Il ne figurait pas dans l’OURS ou seulement réduit à un rôle de vendeur de journaux à la criée. Le fait qu’il ait été co-auteur de la création de Charlie Hebdo et Hara-kiri n’apparaissait pas. Le monde à l’envers. Il était rempli de haine pour Val et sa troupe. J’entends par là Cavanna, Cabu, Wolinski… il était carrément méprisé. Tout ce qui avait été sa vie, était d’un seul coup balayé, réduit à néant. C’est comme s’il n’avait jamais existé. A quelques jours seulement de son hospitalisation à Necker, il a décidé de rencontrer l’avocat Gilbert Collard qui avait consenti à prendre son affaire au sérieux et à le défendre. Il était sûr de gagner. Ça ne pouvait pas être autrement, il en était convaincu. J’ai eu peur de ce combat de David contre Goliath, mais arrivé à un tel niveau de dégoût, il n’avait plus rien à perdre. Cette histoire a hanté ses nuits. Il se réveillait et mettait la radio pour tenter de s’apaiser et le jour, nous en parlions et essayions de trouver un vice de procédure dans ce que Val avait fait. La haine avait atteint son paroxysme. Ce n’était plus une bataille mais une guerre. Il est assez difficile de décrire l’atmosphère lourde qui régnait à ce moment là avec un degré d’impuissance qui nous anéantissait. Parallèlement, il recevait ses résultats de labo par fax et ces derniers n’étaient pas bons. Donc, c’est depuis son lit d’hôpital qu’il gambergeait des heures entières pendant la transfusion. Les rares coups de fil qu’il recevait dans notre maison de campagne étaient ceux de Lefred, Vuillemin et inlassablement, invariablement, l’histoire était relatée du début à la fin, avec quelques rires nerveux. Qu’ils crèvent disait-il. Son vœu a été en partie exaucé ! Heureusement qu’il n’a jamais eu à voir ce que Val et ses acolytes disaient de lui dans le film de Pierre Carles. J’ai trouvé ça immonde. Quand les attentats de Charlie ont eu lieu, j’ai pensé fort au Prof. Je sais ce qu’il m’aurait dit, mais je le garde pour moi. Ce que j’en pense ? Je trouve que l’histoire se perpétue dans ce sens que les amis que le Prof et moi avions, m’ont tourné le dos à leur tour à la parution de mon bouquin et qu’un auteur d’un certain album que je ne citerai pas, en est une des causes… ce qui est arrivé au Prof, m’arrive aussi d’une certaine façon. On ne digère plus les choses aussi facilement arrivé à un certain âge.
"Pourtant après les attentats, ils en ont fait parler du monde sur les plateaux pour dénoncer l’innommable. Quelle mascarade"
GM : Vous semblez regretter que Choron n’ait pas accepté la proposition de Cavanna de retravailler comme simple collaborateur dans Charlie. Pourtant, l’histoire lui a donné raison...

SL : Sur le coup, et raconté de telle façon que Cavanna l’avait fait, je m’étais dit que même provisoirement ça nous dépannerait. Il avait l’air si sûr de lui ce Cavanna. Je me rappelle encore ses paroles quand il disait qu’il fallait que tout le monde « bouffe ». Ben oui, mais le Prof ne mangeait pas de ce pain là et à la limite comme il disait, il préférait crever la dalle. Après c’était différent, nous avions notre magazine « la Mouise » pour nous en sortir assez correctement. Il fallait être fin limier pour tenir une bonne gestion et gérer ses troupes de colporteurs mais on s’était fabriqué un noyau dur de vendeurs et au final ça marchait plutôt bien. Quand je pense qu’il aura fallu attendre 10 ans pour découvrir que tous sans exception, l’avaient trahi. J’en ai des nausées. Pourtant après les attentats, ils en ont fait parler du monde sur les plateaux pour dénoncer l’innommable. Quelle mascarade, même Michèle Bernier y est allée de son petit couplet sans penser une seule fois à ce que son père avait du endurer.

GM : La sortie du livre était prévue pour les dix ans de la mort de Choron, et finalement, ce fut le jour des attentats à Charlie Hebdo... Comment vous êtes-vous sentie ce jour-là ?

SL : J’ai profondément pensé au Prof. Je suis restée stupéfaite. Ces types là n’avaient rien fait qui justifient une telle mise à mort. La liberté d’expression c’est quelque chose de sacré. On ne doit pas y toucher. J’étais, comme beaucoup de gens, abasourdie. Mon éditeur m’a appelée pour me faire part de la tristesse qu’il avait pour moi. C’était une forme de condoléances. J’ai trouvé ce comportement touchant, mais vous savez à part Wolinski et Cabu, les autres je ne les connaissais pas. C’est sûr que ces attentats ont eu un réel impact sur la publicité de mon livre et malheureusement comme on dit, il faut battre le fer quand il est chaud. Là, la question ne se posait pas. On a tout simplement mis à la trappe l’info de cet ouvrage et les médias ne se sont jamais manifestés après. Un clou en enfonce un autre. C’est la loi de la vie.

GM : Oui, aucun grand média n’a parlé de votre livre me semble-t-il... Et il n’a pas du être facile à publier. Pourquoi ?

SL : Seul Henri-Jean Servat a consenti à m’inviter dans l’émission Télématin. Il a par ailleurs publié un article dans un quotidien régional. J’avais des plateaux prévus comme Le Petit Journal, Salut les Terriens, l’émission de Sophie Davant aussi, mais l’info n’est pas passée à cause des attentats à Charlie Hebdo. L’attachée de Presse m’a dit avoir fait ce qu’elle a pu, elle a dû insister auprès des chaînes mais l’actualité du moment était trop importante et mon témoignage est passé sous silence. Ce livre aurait dû être écrit différemment. Depuis longtemps je savais que les Éditions l’Archipel étaient intéressées par mon récit. J’avais contacté une journaliste mais le ton donné à mon témoignage ne plaisait pas à l’éditeur. En revanche il voulait insister sur le côté sombre de notre relation et j’ai été mise en contact avec Jean-Pierre Le Roux qui en a rajouté abondamment. Ça a plu à l’éditeur. Pas vraiment à moi. Je voulais rendre le récit plus « accessible ». Là on décrit une violence outrancière comme si le Prof et moi n’avions connu que ce type de relation. C’est dommage. C’est la raison pour laquelle j’insiste sur le fait que nous nous sommes réellement aimés. Ça n’apparait pas comme ça aurait dû l’être. De ce fait ce livre est devenu dérangeant voire détesté par certains. On n’aborde pas des problèmes aussi sensibles (viols, violences…) avec facilité. A plus forte raison quand il s’agit de médiatiser de tels faits concernant une personnalité. La presse n’a vu que le côté sombre, sinistre. Difficile à défendre…


GM : J’aimerais connaître votre sentiment sur tous les livres (« ça, c’est Choron ! » dirigé par Virginie Vernay, ou encore « Mohicans » de Denis Robert) qui sortent en librairie actuellement et qui revendiquent rendre hommage à la fois à Choron et Cavanna (et leurs journaux bien sûr) mais également rétablir l’authenticité de cette histoire. A ma connaissance, vous n’avez pas été consulté pour la réalisation de ces deux.

SL : Je n’ai pas encore acheté le livre de Denis Robert. J’ai reçu l’album de Baumann avec une gentille dédicace et je le trouve bien fait. Par la suite j’ai vu qu’il en faisait la promo en même temps que celui de V. Vernay. Cette dernière n’a pas jugé utile de me l’envoyer. Je l’ai donc reçu par l’éditeur à ma demande. J’ai été surprise de n’avoir pas été contactée pour écrire mon témoignage ni recevoir de quelconques remerciements après que je l’aie autorisée à publier des textes et des pages qui m’appartenaient. Elle m’a dit lorsque nous nous sommes vues, qu’elle avait tout simplement détesté mon livre. Je ne voudrais pas avoir l’air de prendre une quelconque revanche en disant ça, mais c’est un peu un album « fourre-tout ». On a le sentiment de déjà vu quand on le feuillette. Donc, j’ai lu les témoignages et je me demandais bien ce que faisait celui de Hénin-Liétard dans tout ça, parce que parmi les grands absents de l’entourage du Prof c’est bien lui ! Virginie Vernay a fait abstraction de ma vie avec le Prof pour mettre en évidence celle d’Odile. Rien que dans ça il existe une incroyable incohérence. Mais peut-être que c’était la condition siné qua non pour obtenir quelque chose de Michèle Bernier, Gaccio et allez savoir, Gourio ! Après j’ai vu qu’elle avait les appuis et soutiens de mes amis qu’étaient Lefred Thouron, Vuillemin, Delfeil de Ton. On se demande à partir de quels sentiments s'est construit cet ouvrage. Quant à Denis Robert, je ne le connais pas.
"Nous avions prévu d’écrire ensemble un livre qui relaterait notre histoire."
GM : Voyez-vous des héritiers du Professeur Choron aujourd’hui ?

SL : Très sincèrement je ne vois personne qui aurait la prestance, l’aura et la sincérité du Prof. Il était unique. Nabe pourrait avoir hérité un peu de lui…. Tous les gens que je connais et qui venaient voir le Prof, étaient en admiration devant lui. Ils ne le contredisaient jamais. D’ailleurs qu’y avait t-il à dire devant tant d’ingéniosité ? C’est peut-être du parti pris de ma part mais je ne le crois pas. Le Prof était un homme curieux de tout qui lisait le dictionnaire ou les bouquins de droits, qui savait mener les gens comme personne. Il était un brin « manipulateur » vis-à-vis des autres mais dans le bon sens du terme. Il n’utilisait pas autrui dans le seul but d’en attendre quelque chose. Il était aisé de se laisser embobiner par lui parce qu’il dégageait un charme indéniable. Moi c’est son côté vulnérable, un peu enfant qui m’a réellement attirée et puis il avait parfois un regard rieur qui en disait long. Il me disait souvent, je t’aime parce qu’on est semblables, on aime l’aventure. C’est vrai qu’Odile (son ex compagne) à côté de moi, était plutôt « plan plan » ! Je vois aussi un peu de Vuillemin en lui, dans son côté timide. Les deux se ressemblaient à ce niveau là. Il existe un peu du Prof dans chacun de ses amis mais aucuns amis qui pourraient représenter le Prof à eux seuls.

GM : Pensez-vous que Choron, s’il lisait votre livre aujourd’hui, aurait des regrets ?

SL : Nous avions prévu d’écrire ensemble un livre qui relaterait notre histoire. Il aurait certainement fallu travailler différemment l’ensemble du livre. Il existe des passages que je n’aurais certainement pas pu écrire de son vivant, ceux notamment concernant sa fille, les voisins à la campagne etc… Le seul regret qu’il aurait pu avoir c’est que ce témoignage connaisse un succès aussi mitigé… Le Prof lui-même n’avait pas connu de succès lors de la sortie de « Vous me croirez si vous voulez ». Choron n’était pas un homme pudique. Déballer notre relation si ça lui avait apporté un quelconque succès, n’aurait présenté aucun problème. A la limite il en aurait rajouté. Moi j’ai préféré passer sous silence certains faits. Ce que je trouve dommage c’est qu’il ait été autant censuré. Qu’il s’agisse des noms des protagonistes que de certains faits émanant des avocats, des voisins, de la fille du Prof ou encore du chef d’équipes auprès duquel nous avions délégué trop de pouvoirs… Chez Flammarion pour la biographie du Prof on n’avait pas « cisaillé » autant. Pour ce qui est de mon livre, malheureusement, l’éditeur a eu véritablement peur de ce que Michèle envisageait de faire et aussi après qu’elle ait fait demander par son avocat les épreuves. J’avais déjà eu Michèle quelque temps auparavant pour m’avertir des conséquences qu’aurait mon histoire si elle était publiée. Il aurait été heureux que ce livre existe. Nous étions d’accord l’un et l’autre pour qu’il soit écrit. J’avoue que l’éditeur n’a pas assuré même s’il nous avait dit au co-auteur et à moi qu’il ne craignait aucuns procès. Le Prof aurait adoré un procès !

GM : Avez-vous réussi à vous reconstruire depuis son départ ?

SL : Lorsque je rencontrais Jean Dutour et à ma question : comment vas-tu ? il me répondait invariablement : je persévère dans ma vie ! C’est la réponse que je donnerais. On n’oublie pas. On continue comme on peut. Les révoltes, la colère, la revanche ne servent à rien et puis ce ne sont pas les armes avec lesquelles je lutte. J’ai réussi à vivre différemment c’est tout. Au début, j’ai eu mal. Très mal et ça, personne ne l’a compris. Michèle me disait : tu ne vas pas garder des reliques de papa, tu ne vas pas vivre dans un sanctuaire. Il me semblait qu’elle était aux antipodes de la douleur que je vivais. Dix années sont passées (bientôt onze) et le temps a fait son œuvre de cicatrisation. Je peux parler plus « librement » du passé et tout ce qui nous a unis. On ne se remet jamais totalement, tous les jours je pense à lui, mais aujourd’hui je suis entourée et je peux plus sereinement observer la vie.

Sylvia Lebègue, Choron et moi, éditions l'Archipel, janvier 2015.
Un grand merci à Arnaud Baumann pour les photos.

2 commentaires:

  1. Je finis de lire cet interview avec les larmes aux yeux.

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  2. Un ouvrage sur le PROF CHORON qui a le mérite d'exister et de le faire exister ! Longue Vie ! Je n'oublierai jamais LE PROF CHORON qui - enthousiaste - avait encouragé l'éditeur JEF MEERT (LOEMPIA Editions, MAGIC-STRIP Editions...) à publier mon premier album "LES SEXPLOSIVES AVENTURES DE BEBERT" (en 1989) en tant que directeur de collection LES BEAUX ALBUMS DU PROFESSEUR CHORON : en deux versions, s'il vous plait ! Version française puis traduction néerlandaise (1990-1991) ! Et chez au moins deux maisons d'éditions (LOEMPIA puis MAGIC STRIP Editions !) en tant que véritable découvreur de talents atypiques !!! Qu'il en soit ici, encore une fois, remercié. L'esprit HARA-KIRI, "bête & méchant", l'esprit CHARLIE. Un personnage hors du commun. Vive le PROFESSEUR CHORON !

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