mardi 27 juin 2017

Nabe devant les cochons

Le dernier livre de Marc-Edouard Nabe fait beaucoup de bruit. Comme aurait dit un homme tout le temps habillé en noir : tout le monde en parle. Mal, mais tout le monde en parle. Il faut dire qu’il etait attendu, depuis l’annonce sur le feu plateau de Taddeï en janvier 2014. Petite recension (incomplète) :

Le talk-show du samedi soir On est pas couché, présenté par Laurent Ruquier, n’a bien sûr pas invité l’auteur de « Qui vomit a diné » ; cependant le livre a été « abordé » dans la revue d’actualité de Laurent Ruquier (il a abandonné son fameux « flop ten »), lors de l’émission du 20 mai dernier. Pour parler de : « la date de sortie du livre, le lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, afin de profiter de l’événement pour faire du buzz ». Quel commentaire ajouter à cela ?... Yann Moix, largement cité (humilié) dans le livre, a affirmé, après avoir langoureusement léché le cul de Benjamin Biolay, qu’il lui avait suffit de lire les titres des chapitres composant le sommaire pour connaître la teneur du livre. Il a dit ça d’une facon bien évidemment péjorative, seulement cela a reflété cette vérité terrible pour le chroniqueur : la table des matières de Les porcs vaut largement plus que l’ensemble de sa bibliographie. Vanessa Burgraff, tellement plus perspicace quand elle ne dit rien, a critiqué le côté « nombriliste de l’auteur », ce sur quoi Yann Moix n’a pu s’empêcher de rebondir : « dont on connait l’égocentrisme et la mégalomanie défiant toute concurrence ». Bien évidemment que Nabe parle de lui dans ce livre, car il était au centre, je
dirais même le nombril du commencement du complotisme en France (sans être de cette mouvance, vous l'aurez compris)  ! Donc un livre sur le sujet de sa part ne pouvait passer qu’au travers de son regard et de son vécu. Connards !
Frédéric Beigbeder, sur France Inter, dans sa chronique intitulée « Espion en littérature » a regretté la déchéance de plus en plus inquiétante de son « ex-ami », devenu également « ex-écrivain », par la même occasion. « Il aurait mieux fait de brûler ce journal intime déguisé aussi » a conclu l’ex-rédacteur en chef de Lui. Apparemment, Beigboudeur boude toujours...
Yann Barthès, maintenant sur TMC, a comptabilisé le nombre de fois qu’est écrit le mot « Juif » dans le livre. Mouloud Achour, dans son Gros Journal, a eut la même vraie mauvaise idée, mais avec les mots « nègres », « noirs », « blacks », sans doute pour changer de l’accusation d’antisémitisme. Bof...
Dans son émission Répliques sur France Culture, Alain Finkielkraut a tenté laborieusement de démontrer que Nabe, dans ce livre, « essaie de dissimuler son antisémitisme sous la montagne du révisionnisme », alors qu’en vérité, Nabe s’évertue à prouver que l’antisémitisme de Soral, Dieudonné et consorts n’est qu’une façade beaucoup moins épaisse et grave que celle du complotisme, cette déformation totale de la réalité. La même critique stupide, dans le fond, que celle qu’avait déclamé la non moins stupide Emilie Frèche chez Taddeï lors du passage de Nabe (et tous ceux qui ont lu Patience 2 savent pour quelle raison la pimbêche était sortie de ses gongs...), au cours duquel il avait déjà parfaitement expliqué cela. On s’attendait quand même à mieux de la part du philosophe cultureux, car l'auteur de « A tous ceux qui n'y ont pas vu que du feu » est vraiment loin de se défiler devant la « Question » dans ce premier tome...
« Il aurait mieux fait de véritablement arrêter d’écrire » a-t-on pu entendre sur le plateau de C à vous sur France 5, après que Pierre Lescure ait déploré le côté mondain du livre, souvent reproché à Nabe par des gens dont la mondanité est le seul métier.
Christine Angot a carrément publié une critique dans Télérama ! En gros, la clashieuse de François Fillon veut bien admettre que Nabe écrit bien mais il a des idées impardonnables, ce qui fait de lui une ordure avant d’être un écrivain. Qu’est-ce qui est le plus grave ? Avoir demandé sérieusement à François Hollande de se représenter à l’élection présidentielle ou essayer d’expliquer depuis 2001 que les attentats en Occident ne sont que des ripostes à des agressions commises en Orient par les « coalisés » ? Il faudrait expliquer cela à l’ex-maitresse de Doc Gyneco... Mais également lui apprendre que Nabe est à la fois l’auteur de « passages sulfureux sur les Juifs » et celui de portraits sublimes de ses parents ; à la fois l’auteur d’éloges flamboyants de Ben Laden, Al Baghdadi ou Zarqaoui et de cette phrase magistrale d’une sensibilité inouïe au sujet de son fils dans Les Porcs : « C’est le seul être que j’aurais connu, sur cette terre, qui voulait vraiment que je sois heureux ». C’est trop facile d’aimer un écrivain quand il écrit sur le jazz, la littérature ou la nature mais pas lorsqu’il défend les arabes ou vomit l'inhumanité ! Et c’est surtout trop faible de ne pas pouvoir comprendre un artiste dans sa globalité.
Edwy Plenel, invité dans Salut les terriens sur C8, semblait déçu par « le faible nombres de révélations du livre »... C’est sûr que ça n’est pas Médiapart, espèce d’abruti ! Il ne faut pas lire Les porcs en y cherchant des « révélations » mais pour y trouver de la littérature et de la vérité ! Deux choses que le moustachu ignorent rigoureusement...
C’était incroyable ! On parlait du livre de Nabe partout, mais sans jamais inviter l’écrivain, comme si l’auteur de Je suis mort était mort ; sans toutefois le caractère élogieux et totalement fallacieux qui accompagne généralement le décès d’un artiste. Voilà quelque chose d’essentiel auquel l’auteur de « il devrait y avoir une sorte de test qu’on ferait passer à ceux qui parlent des poètes morts » travaille certainement : son irrécupérabilité de demain par ses ennemis d’aujourd’hui ! C’est tout le bonheur que je lui souhaite, au moins pour un siècle.

Evidemment, rien de tout cela ne s’est produit. Le système (autant que l’anti-système d’ailleurs) est resté de marbre. Silence de part et d’autres ! Alors qu’ils devraient se réjouir d’être son contemporain, ces cons-là ! De pouvoir découvrir ses livres « en direct », dans le vif. Tous les philosophes, écrivains, artistes, essayistes, spécialistes, chanteurs, cinéastes - je vous laisse mettre des tonnes de guillemets à tout ça ! - n’ont eu qu’une seule occupation ces dernières semaines : le commentaire de la peopolitique. Rajoutons Roland Garros et le festival de Cannes, pour être honnête (il n’y avait rien à voir à l’un et pas grand chose à l’autre). Rien à foutre de la littérature ! Rien à branler de l’oeuvre qu’un écrivain majeur de notre temps a mis des années à écrire ! Mais c’est très bien comme ça : Nabe n’est pas un type assez cool, un plaisantin agréable intégrable dans le flop ten du petit (mais grand de taille) Ruquier... Simplement l’écrivain le plus drôle que j’ai lu. Il y a un subtilité évidente entre un grand artiste comique et un agent culturel dont le premier animateur crétin venu peut taper sur l’épaule parce que c’est un rigolo. Pour mieux ne pas l’inviter, les médias jugent donc le parrain d’Enzo Taddeï « infréquentable » à cause de ses prises de position, déjà un peu tabou à l’époque du Régal des vermines (antisémitisme soupçonné) et aujourd’hui complètement grillé (absence d’islamophobie indéniable), notamment depuis Patience 1. Les médiateurs se permettent décidément bien trop de choses dans leur petit monde... Ils se réfugient confortablement dans une apathie corporatiste, ce qui doit être la pire chose de l’humanité.

Seul internet a « sauvé l’honneur » (ça n’est pas l’extase pour autant)... Gloire à Rounga, RashaanNicolas Olié et Maeki Maii notamment. Par exemple, voilà un sujet grandiosement abordé dans le livre : la passation de pouvoir entre la télévision et internet, au dépend du petit écran auquel les vieux (ou moins vieux d’ailleurs) animateurs s’accrochent encore, comme du tartre tenace au fond des chiottes. Ce qui ne veut absolument pas dire que le niveau est monté d’un cran, bien au contraire ! On doit se réjouir de la chute de l’empire médiatique tout en déplorant la médiocrité de son successeur. Le support a changé mais la nullité est restée ! Par contre, via internet, et grâce à son équipe, Nabe crée ses propres « anti-médias », plus inventifs, savoureux, et surtout plus libres que les médias traditionnels. Après les Eclats de Nabe, sur Youtube, films plus ou moins longs tournés à vif dans la Galerie Nabe, désormais fermée, il a lancé tout récemment le site Nabe's news, Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Edouard Nabe. Si les médias font semblant de ne plus avoir besoin de lui, il démontre sans difficulté son indépendance vigoureuse à leurs dépens.

Voici la seule issue pour nos gras cochons médiatiques et internautiques de tous bords : faire comme si Nabe n’existait plus, ou même, puisque c’est à propos, comme s’il n’avait jamais existé, tel une chambre à gaz, Ben Laden ou un suicide d’homme politique. Surtout ne pas faire la moindre pub, même négative, sur ce livre si important. Mais je persiste, c’est tant mieux : la France - le pays le plus pourri du monde - n’a plus le droit de prononcer le nom de Marc-Edouard Nabe.

Vivement la guerre (toute excessive ?) !

Gustavo Mazzatella

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